Temple de Karnak : Que découvrir dans "la plus vénérée des places" ?

Dernière mise à jour : 5 juil. 2021




Dédale de pierres aux proportions colossales, le plus grandiose de tous les temples d’Égypte laisse ses visiteurs en admiration depuis des siècles. Karnak n'est pas un simple temple, mais un gigantesque ensemble dédié à la triade thébaine (Amon, Mout, Khonsou) où s'organisent, dans un schéma très complexe, sanctuaires, chapelles, cours, salles, colonnades, pylônes, statues et obélisques. Désigné dans l'Antiquité par le nom de Ipet Sout, "la plus vénérée des places", il est alors considéré comme le centre du monde, le lieu où le dieu Amon trouva vie et sortit l'Univers du chaos.

Je vous propose de découvrir ce temple dont la construction s'est étalée sur 2000 ans, chaque pharaon y laissant sa patte quitte à détruire ce que son prédécesseur a bâti.

Partons visiter le temple de Karnak.



Sommaire


 

Clin d’œil historique




​Ce complexe gigantesque comprenait 3 domaines : l'un, au centre, dédié à Amon ; un autre à Montou, dieu guerrier dont le culte avait précédé celui d'Amon ; le troisième est le domaine de Mout, épouse d'Amon. Il était entouré sur trois côtés par un lac sacré. Le plus vaste, et le seul vraiment exploré, est le complexe d'Amon. A lui seul, c'est un gigantesque ensemble, avec un temple tentaculaire aux innombrables cours, salles, statues colossales. Son chantier s'étale sur 2000 ans. Il commence avec le Moyen Empire dans les années 2000 et on y travaillera jusqu'à l'époque romaine, en ajoutant, défaisant.

Après les débâcles de la première période intermédiaire, l'unité de l’Égypte est défaite. Les rois de Hiérapolis ne maîtrisent plus la région du sud. Les gouverneurs du nome de Thèbes jouent alors habilement pour s'imposer, localement, puis sur toute l’Égypte. Ce renouveau commence avec Montouhotep Ier à partir de 2100, puis les Antef I, II et III, enfin Montouhotep II (2033-1982), l'ensemble de ces rois constituant la 11ème dynastie, qui, depuis Thèbes, vont reconstruire progressivement l'unité égyptienne. Il s'affirme ensuite avec la 12ème dynastie, les Aménemhat et les Sésostris.

Cette reconstitution politique s'accompagne d'une élaboration religieuse. Elle repose sur la création, la valorisation d'un nouveau dieu, Amon, créé progressivement à partir des années 2000 pour soutenir l'essor des 11ème et 12ème dynasties. Les principales divinités vénérées avant cette construction étaient Montou et Hathor. Après une nouvelle période de troubles, le temple de Karnak, conçu pour abriter le culte du nouveau dieu dynastique, Amon, va continuer de se développer, chaque génération ayant à cœur d'amplifier ce site et d'embellir la demeure du dieu qui garantit leur autorité.

Le fait que le site ait été sans cesse retravaillé rend très complexe la visite. Comme toujours, cette visite ne nous fait approcher que des ruines. Il faut se souvenir à chaque instant qu'un temple n'est pas qu'une coquille architecturale. Il est organisé pour un rituel avec des fêtes qui évoquaient des épisodes mythologiques qu'elles recréaient rituellement. Il faut donc imaginer les processions, les chants, les ors, les reflets d'argent et de cuivre, l'éclat des pierres précieuses.

Les structures originelles du Moyen Empire ont été recouvertes par les constructions postérieures. Elles occupaient le rectangle qui se situe au-delà du 6ème pylône. Là, un temple primitif construit par Anemenhat 1er avait été soigneusement orienté sur le point où se levait le soleil au solstice d'hiver, ce qui montre la composante solaire de la divinité de ce temps.

Sur ce temple, Sésostris 1er (1943-1898) a construit un nouveau temple. (On doit à Sésostris trois magnifiques constructions, outre ce temple, la chapelle blanche, remontée aujourd'hui dans le musée en plein air et un reposoir à barque, dont la structure a été remployée dans les fondations du 9ème pylône construit par Horemheb, successeur de Toutankhamon.) Le temple de Sésostris à Karnak a constitué le cœur sacré autour duquel et au-devant duquel se sont ensuite agrégées toutes les constructions postérieures. Ce sanctuaire, qu'on a appelé le "Grand château d'Amon", a été précieusement conservé comme une relique vénérable jusqu'au Moyen Age, où il fut englouti dans des fours à chaux. Mais les archéologues l'ont virtuellement reconstitué. Il se composait d'une cour qui aboutissait à une série de 12 colosses osiriaques adossés à des piliers in antis. Le mur de façade était percé de 3 portes qui faisaient accéder à un péristyle à piliers carrés. De là, de salle en salle, on accédait en tournant à angle droit vers le sanctuaire d'Amon, orienté nord/sud. Avec Sésostris sont posées les bases de la vie culturelle du temple, des cérémonies, de son approvisionnement économique.



 

A la découverte du Temple de Karnak



Source : Wikipedia



Aujourd'hui, l'immense zone sacrée du domaine d'Amon est entourée d'un mur de briques crues, qui date de Nectanebo : il délimite la zone sacrée. Il dessine un quadrilatère d'environ 500 m de côté.

Dès le Moyen Empire, on avait imaginé une série de portes monumentales ouvrant vers l'accès conduisant au temple de Louxor. Toute la construction du temple est faite en fonction de 2 axes, l'axe de l'eau du Nil et l'axe du soleil.

L'approche pouvait se faire par voie de terre, par l'allée de sphinx longue de près de 3 km qui reliait Karnak et Louxor en passant par le domaine de Mout. Le long de ce parcours, il y avait 6 chapelles reposoirs (petits édifices qui avaient pour fonction d'accueillir la barque divine lors des stations liturgiques de ses sorties festives).

Par voie d'eau : en avant du 1er pylône, à l'emplacement du parc de stationnement moderne, s'étendait un bassin relié au Nil par un canal. L'implantation près du Nil était à la fois pratique et symbolique : symbolique parce que le Nil c'est l'axe du monde, le lieu de la vie. Le Nil permet d'acheminer des blocs sur le chantier. Une fois que le canal avait perdu sa fonction utilitaire, on le transformait en jardin du dieu, planté d'arbres magnifiques. L'environnement était luxuriant : on en a les traces dans les peintures des tombes. L'allée était bordée de béliers, animal d'Amon.

Les pylônes. Un pylône est une masse cyclopéenne qui encadre une porte. Leur succession rythme d'Est en Ouest le cheminement du soleil : le temple est orienté de manière à recueillir la course solaire. Le temple dessine avec le fleuve qui lui est perpendiculaire les deux axes de la terre et du soleil. Le soleil est matérialisé par un disque pourvu de 2 larges ailes déployées gravé sur les portes. Ces pylônes nécessitent une impressionnante quantité de blocs. Certains ont été construits avec la destruction d'édifices antérieurs. Les fouilles permettent la reconstruction d'édifices entiers antérieurs : dans le 9ème pylône, on a retrouvé plus de 12000 petits blocs de pierre datant d'Aménophis IV : l'intérieur est fait de réemplois.

En avant du 1er pylône, une tribune de pierre sert aujourd'hui d'entrée au temple. Les prêtres y prenaient place lors des cérémonies solennelles. On y exposait la barque sacrée du dieu avant de la charger sur la nef d'apparat qui la conduisait vers Louxor lors de la fête d'Opet. Il y avait là un véritable port, capable d'accueillir toutes les barques, dont celle d'Amon qui faisait près de 70 m de long et toute la flottille des prêtres et des princes.

Aujourd'hui, la visite qui part depuis ce 1er pylône jusqu'à l'Est oblige à remonter le cours du temps puisque les constructions, au fur et à mesure du temps, se sont chaque fois ajoutées devant les précédentes. Il faudrait, pour bien faire, commencer à partir du 4ème pylône qui donne accès au temple de Thoutmosis 1er, temple auquel son fils Thoutmosis III ajoute l'Akh menou, tout à fait à l'est. Puis en reculant, on a les ajouts d'Aménophis III, la salle hypostyle de Sethi 1er (vers 1290), puis la cour de Checonq 1er vers 940.

Ce premier pylône a 113 m de façade. Il est l'œuvre d'un pharaon de la 30ème dynastie, Nectanébo, en 350 avant notre ère. L'ampleur du projet dépassa les moyens de ses concepteurs qui laissèrent le projet inachevé (cf à droite en entrant, on voit des blocs tout juste dégrossis, et on voit encore le tas de briques qui servirent à son édification = une illustration grandeur nature des méthodes de construction des anciens Égyptiens).


On entre ensuite dans une cour immense, réaménagée vers 925 par Chechonq 1er. A gauche de l'entrée, la chapelle de Sethi II (1190), petit fils de Ramsès II, est un reposoir de barque sacrée. Il est constitué de 3 chapelles accolées, une pour chaque barque de la triade thébaine : Amon, au centre, son épouse Mout à gauche et leur fils Khonsou à droite.


La chapelle de Ramsès III (XIIème siècle) est aussi une chapelle reposoir. Même plan et même fonction que les temples ramessides : deux colosses, un pylône orné de scènes rituelles des massacres des ennemis, cour bordée de portiques à piliers osiriaques (Un pilier osiriaque est une statue dont le corps a la forme d'une momie, les bras croisés, les mains tenant un signe de vie. Le visage a une barbe postiche à l'extrémité recourbée. Ces statues se distinguent du pharaon debout vêtu du manteau de fête qui illustre le renouvellement du pouvoir royal. Ici, il s'agit d'exprimer la domination du pharaon sur le monde de l'au-delà.) Sur les murs du portique, on lit des scènes de processions des barques sacrées conduites par les prêtres au crâne rasé. Puis vient la salle hypostyle.


Au centre, le kiosque de Taharqa. Le 2ème pylône a été construit par Horemheb vers 1300 av J.C.. Après la parenthèse d'Akhénaton et après le règne de Toutankhamon, ce militaire entend restaurer l'orthodoxie du culte d'Amon. C'est pourquoi il s'emploie à mettre sa marque dans le temple de Karnak. Pour cela, il utilise comme remplissage de son pylône des milliers de blocs provenant d'édifices élevés sous Akhénaton. Son pylône devait servir d'introduction à la grande colonnade d'Aménophis. Lorsqu'il se met à l'œuvre, le temple était introduit par une grande colonnade construite par le père d'Akhénaton, Aménophis III (vers 1350). Aménophis III avait voulu donner au temple de Karnak une introduction solennelle. Ce projet, qui détruisit la cour de fêtes érigée par Thoutmosis II et Thoutmosis IV, s'inscrivait dans un ambitieux programme de refonte générale du temple de Karnak. Dans un premier temps, Aménophis construisit ce qui sera appelé le 3ème pylône. Puis il décida la construction d'une grande colonnade de 7 paires de colonnes campaniformes, identique à celle du temple de Louxor.

Anecdote Voyage :

Vous verrez très certainement de nombreux touristes attroupés au pied de cette statue de Ramsès II. Non seulement elle est dans un état de conservation admirable, mais en plus, on y trouve à ses pieds la représentation de sa femme, la reine Néfertari. Enfin, ce qui la rend photogénique, c'est le palmier qui se trouve à l'arrière qui lui fait comme une coiffe lorsque l'on est correctement positionné.



Salle hypostyle. C'est une des merveilles du monde, à la recherche du surhumain, un gigantesque bosquet de papyrus. Elle n'a pas été conçue à l'origine comme telle. A l'origine, il y avait donc la colonnade d'Aménophis III. Cette allée a été transformée moins d'un siècle plus tard par Séthi 1er et son fils Ramsès II en nef centrale d'une gigantesque salle. Plus hautes d'1/3 que celles des côtés, les colonnes de l'allée centrale supportent un plafond de 23 m de haut. Ce plafond repose sur des dés invisibles du sol et semble flotter dans le ciel. Il est décoré d'un motif de ciel étoilé. La différence de niveau entre cette allée et les bas-côtés permet d'aménager un éclairage qui jette une lumière oblique par des claustra. Ces dalles ajourées laissent pénétrer la lumière dans la travée médiane. Le travail sur la lumière est donc très savant : on passe de la cour, avec sa lumière crue, à la salle hypostyle, tamisée, au sanctuaire obscur.

La transformation a lieu sous Sethi 1er (1294-1279), père de Ramsès II, celui qui a redonné à l’Égypte sa gloire d'antan. Il veut marquer l'histoire par l'architecture et transforme la majestueuse allée centrale en une salle rectangulaire ce qui en fait la plus grande salle de tous les temples égyptiens. Il renoue avec le sens du gigantisme des générations précédentes : 134 colonnes, 100 m de large, 52 m de profondeur. Une nouvelle esthétique est donc en train de naître, avec une ambition de majesté nouvelle. Il reprend l'idée de la salle hypostyle du temps de Toutmosis 1er. Mais l'architecture de cette salle marque un tournant important dans le domaine de la construction : d'abord parce que l'échelle de la construction est sans commune mesure : les dimensions géantes créent une impression d'écrasement : un espace proprement divin. Ensuite parce que cette salle, très haute, couverte de dalles de pierre, représente une audace phénoménale. Cette couverture en pierre oblige à inventer un système efficace pour la soutenir et trouver des systèmes d'éclairage nouveaux.

Il faut des colonnes colossales. Il est exclu d'utiliser des colonnes d'une seule pièce, trop fragiles. Il faut donc utiliser des tambours superposés. Le travail esthétique est parfait concernant le rapport entre l'épaisseur et le diamètre des tambours d'une part et la hauteur des colonnes d'autre part. Elles ont une forme galbée. Ces colonnes sont très serrées pour des raisons d'efficacité architectonique, mais surtout par volonté de créer l'impression d'un épais fourré de papyrus.

L'enceinte sacrée du temple reproduit symboliquement le jardin du cosmos. Dans ce jardin poussent des joncs et des papyrus géants aux terminaisons épanouies ou en boutons. Ces végétaux sont en pierre car l'ordre est éternel. Il s'agit de reproduire l'ordre sacré de l'univers car cette salle hypostyle est conçue comme un gigantesque jardin avec ses colonnes palmiformes, lotiformes, papyriformes. Le papyrus joue un rôle considérable dans la civilisation égyptienne. Les mythes disent que le ciel serait soutenu par des piliers de papyrus. Le lotus, assimilé au voyage nocturne, s'ouvre le jour, se referme la nuit : il porte donc l'idée de résurrection.

Les colonnes latérales à chapiteaux fermés sont ornées dans la partie Sud de reliefs accompagnés des cartouches de Ramsès II et, dans la partie Nord, de hauts reliefs réalisés sous le règne de Séthi 1er. Les thèmes décoratifs empruntent à l'inépuisable registre des scènes de couronnement royal et des honneurs rendus aux dieux. Les reliefs conservent une part de leur polychromie d'origine.

Anecdote Voyage :

Face à ce bosquet de papyrus, il est important de prendre le temps de s'imprégner des lieux. Déambuler au milieu de ces colonnes, contempler les jeux de lumière, lever le nez et observer la beauté des restes de toiture encore présents, essayer de comprendre la signification des représentations sur chacune des colonnes mais aussi des murs qui entourent cette salle hypostyle. Un bien vaste programme mais vous serez inévitablement conquis par la beauté des lieux. Et même si le flot de touristes est plus important que lorsque nous y étions, vous n'aurez aucun mal à vivre un moment de calme et à vous isoler de toute cette agitation.



Les décorations les plus élégantes se trouvent sur le mur nord (à gauche) exécutées dans le meilleur style de la 19ème dynastie, sous Sethi I : en relief : le roi est agenouillé devant les dieux dans une attitude de profond recueillement, caractéristique de cette époque. Processions et adoration de la barque sacrée. Ces décors ont toujours des fonctions prophylactiques, cosmiques et liturgiques. Ils sont sculptés alors que les décors de Ramsès sont creusés. Les représentations intérieures sont consacrées aux processions, illustrations du culte ..., celles de l'extérieur sont des scènes de triomphe du pharaon sur l'ennemi. Sethi couvre aussi les murs du temple d'inscriptions à sa louange : "Parole du dieu Amon-Rê. O mon fils, mon bien-aimé toi qui appartiens à mon corps. Je fais en sorte que viennent vers toi les chefs des pays du sud et que tu reçoives en tribut leurs enfants ainsi que tous les bons produits de leurs pays. En échange tu donneras le souffle de ta vie ... Je ferai qu'ils voient ta Majesté comme une étoile qui lance sa lueur en une flamme. Je ferai qu'ils voient ta Majesté comme un taureau à l'éternelle jeunesse, aux cornes acérées que l'on n'a pu attaquer. Je ferai qu'ils voient ta Majesté comme un lion, tandis que tu les transformes en cadavres à travers leurs vallées ...". La nouvelle image que veut se donner le souverain, même si elle est dans la ligne de ses prédécesseurs, est centrée sur le roi héros qui est vainqueur grâce à Amon.


Le 3ème pylône a été construit par Aménophis III, vers 1400, pour servir d’entrée solennelle au temple ancien. On voit l’emplacement des rainures destinées à dresser les mâts de fête. Mais ce pylône, lorsque Sethi a construit sa salle hypostyle, a servi de mur et Sethi l’a recouvert de scènes d’offrandes. Les élégantes chapelles reposoirs de Sésostris I, d’Aménophis 1, la chapelle rouge d’Hatchepsout, ont été démantelées pour servir de matériau de blocage à ce pylône.

Il y avait là 3 paires d’obélisques. L’obélisque est ce qui permet d’établir un contact entre le monde des hommes et le monde des dieux.

En tout, dans le complexe cultuel, il y avait 17 obélisques monumentaux et 14 petits. Cela monte à 31 le nombre de monolithes de toutes tailles qui ont été érigés à Karnak, ce qui montre le caractère hautement solaire qu’on voulait attribuer au site et qui était supposé ainsi dépasser le caractère solaire de Hiéropolis. Plus le nombre d’obélisque est grand, plus grand est le contact avec le ciel.

Le 4ème pylône marquait l’entrée du temple de Thoutmosis I (vers 1500 ). Un obélisque précédait un pylône. Puis il y avait une salle hypostyle couverte d’un plafond de bois.

Puis venait un autre pylône (aujourd’hui le 5ème pylône) qu’il étoffe par une rangée de piliers osiriaques doublée par une rangée de colonnes. Hatchepsout avait transformé la salle hypostyle de Thoutmosis I en faisant construire 2 obélisques de granit entre le 4ème et le 5ème pylône. Magnifiques hiéroglyphes profondément gravés. À côté des inscriptions disposées en colonnes se trouvent des scènes rituelles et de couronnement. À l’origine les pyramidions, comme ceux de Thoutmosis, étaient recouverts de métal précieux reflétant la lumière solaire. Elle célèbre le transport de ces obélisques dans une sculpture de la chapelle rouge.

Avant Hatchepsout, Touthmosis III avait remodelé le temple de ses ancêtres. Il construit le 6ème pylône, aujourd’hui très ruiné. La partie sacrée est précédée de 2 piliers héraldiques, monuments exceptionnels par leur qualité : chacun des piliers est orné en haut relief sur la face nord et sud des plantes héraldiques de Haute et Basse Égypte, le papyrus et le lotus. Côtés Est et Ouest, il grave l’étreinte du roi par les dieux. Ces piliers conduisent au reposoir de la barque, construit par Thoutmosis III à l’emplacement présumé où Hatchepsout a fait construire sa chapelle rouge : la barque sacrée d’Amon pouvait pénétrer très profondément dans l’axe du temple jusqu’à cette chapelle reposoir qui précédait de peu le sanctuaire.

L’édifice de granit qu’on voit aujourd’hui date du temps d’Alexandre le Grand. On remarque les reliefs de la procession de la barque. Cette chapelle est entourée d’un déambulatoire, étroit couloir qui la sépare, au nord et au sud, de 2 chambres d’offrandes construites par Hatchepsout. Sur le mur nord de ce déambulatoire, une vaste composition montre Thoutmosis III offrant à Amon le magnifique butin de ses campagnes militaires. Dans la salle d’offrandes figure un beau cycle de reliefs mettant en scène Hatchepsout. Ils ont gardé une partie de leur polychromie d’origine.


Au-delà de la vaste cour du Moyen Empire, Thoutmosis III fait construire l’Akh Menou, « le monument brillant ». Il s’agit d’un sanctuaire construit pour servir de cadre à la célébration de la fête anniversaire de ses 30 ans de règne. C’est dans ce lieu que, par la magie du culte, la force créatrice et régénératrice divine confirmait le pouvoir royal. Il n’est accessible que par un petit couloir. Il se compose d’une belle salle hypostyle encadrée d’une série de chambres servant aux préparatifs du rituel. Elle est bordée de piliers rectangulaires auxquels s’ajoute une double rangée de colonnes : leur structure imite celle des poteaux de bois qui soutenaient les tentes : d’où leur nom dit « en piquets de tente », caractérisés par le fait qu’ils sont plus étroits à la base qu’en haut. Les colonnes centrales, plus élevées, déterminaient une différence de niveau de la toiture, ce qui a permis d’aménager des fenêtres. Le plafond subsiste en partie figurant un ciel bleu semé d’étoiles.


À l’est de l’hypostyle sont disposées 2 séries de pièces. La 2ème série, accessible par une passerelle moderne, comprend un ensemble de chambres dédiées à la divinité solaire. L’une d’elles, la 1ère en descendant de l’autre côté de la passerelle, a été appelée le « jardin botanique ». Thoutmosis, de retour d’une campagne militaire en Asie mineure, fait représenter ici diverses espèces végétales, comme un écho à l’expédition de Pount réalisée par Hatchepsout. Un goût pour l’encyclopédie dessine ce paradis, où on sent un nouveau souci d’exotisme.

Au plus profond du temple, dans des chambres où seuls quelques prêtres avaient accès, était conservée la statue divine, réceptacle de l’énergie créatrice du monde et garante de sa perpétuelle régénération. Chaque matin le grand prêtre ouvrait, avec un luxe de précautions, les portes du naos où reposait l’idole, assurant par ce geste libérateur la venue d’un nouveau jour. Dans le sanctuaire apparaissait dans toute sa gloire la divinité suprême avant de rejoindre ses chambres reculées dans le saint des saints du temple.


Salles et couloirs du temple s’étaient encombrés au fil du temps d’un tel entassement de statues et de reliefs que le dégagement en devint nécessaire à l’époque ptolémaïque. Près de 800 statues et de 17.000 objets furent ainsi enfouis sous la cour précédant le 7ème pylône. On les y a retrouvés en 1903. Il fallut 2 années aux archéologues pour dégager ce formidable trésor dont les pièces sont, pour la plupart, au musée du Caire.

7ème pylône

Thoutmosis III a voulu renforcer l’axe nord/sud du temple en faisant construire deux nouveaux piliers, dits 7ème et 8ème. Le 7ème est fait de deux massifs en grès encadrant une porte de granit rose. La face externe du 7ème pylône est décorée d’un motif qui allait devenir courant sur les pylônes du nord-est : le pharaon saisissant par les cheveux un groupe d’étrangers, sa hache prête à frapper. Il est le premier à exalter à ce point l’image guerrière du roi. Le thème du souverain frappant avec sa massue les peuples vaincus devient une image apotropaïque.

Le lac sacré

La présence d’un lac était indispensable à tout temple. Il évoque le chaos liquide d’où a émergé la première butte de terre. Il sert aux ablutions quotidiennes des prêtres et aux navigations rituelles des barques sacrées. Celui-ci a des dimensions exceptionnelles, à la mesure du gigantisme du complexe d’Amon. Une basse-cour est destinée aux oies sacrées.


Anecdote Voyage :

Je vous invite à ne pas faire l'impasse sur le lac sacré. Outre la symbolique des lieux, la vue sur le temple y est magnifique. Nous y étions pourtant vers midi avec une lumière un peu dure, mais le reflet des bâtiments et des palmiers sur l'eau est du plus bel effet. En fin de journée, avec un soleil déclinant, la lumière doit y être encore plus douce, se teintant de rose.



Le scarabée de granit.

Le mot qui veut dire scarabée, Kheperer, ressemble au mot Kheper qui veut dire « naître ». La femelle du scarabée, dont les Égyptiens avaient observé le comportement, fait rouler entre ses pattes une boule d’excréments dans laquelle sont déposés les œufs, jusqu’à ce que celle-ci ait pénétré dans le sol. La naissance de la vie à partir de telles boules était considérée comme miraculeuse, c’est pourquoi le scarabée devint le symbole d’une nouvelle vie. Le scarabée était associé à Khépri, le dieu solaire du matin, qui renait chaque jour et traverse le ciel sous forme de disque évoquant dans son parcours journalier la rotation de la boule d’excréments.

Il a des fonctions apotropaïques. La cour créait des scarabées commémoratifs à l’occasion d’événements historiques marquants tels les mariages royaux, les victoires, les cérémonies d’inauguration. Dans le domaine funéraire, les Égyptiens faisaient un large usage des scarabées du cœur, qui étaient déposés sur la poitrine de la momie. Leur surface plate était décorée d’une inscription hiéroglyphique gravée dans lequel le défunt conjurait son cœur de ne pas déposer contre lui au cours du jugement divin.


Cette architecture fabuleuse, sur laquelle on a travaillé pendant 2000 ans, a pour fonction de proclamer la nature divine du souverain. Elle dessine une progression de la lumière vers l’obscurité, lieu du mystère de la conception divine. On a, au fil du temps, multiplié les enveloppes de protection pour amplifier le sacré. Le domaine d’Amon était une véritable cité religieuse qui possédait ses magasins, ses ateliers et même sa prison. Tout un peuple s’y affairait, prêtres, artisans, fonctionnaires, au service de la divinité suprême, Amon, le dieu dynastique depuis le Nouvel Empire. Le rituel était très réglé, avec ce rite principal des offrandes apportées au dieu puis distribuées aux prêtres.




 

Infos Pratiques



  • Quand y aller ?

Dans la région de Louxor et dans tout le sud de l’Égypte, le climat y est aride. Il y fait donc très chaud l'été et doux l'hiver. La meilleure période pour visiter cette région est de novembre à avril. Mais vous aurez quand même entre 20 et 35°C. Pour visiter le temple de Karnak, il est préférable d'y aller en fin d'après midi. La lumière sera plus douce pour vos photos et vous aurez nettement moins chaud. En complément, vous aurez moins de touristes et c'est plus sympa pour profiter des lieux.

La fin de notre visite s'est faite vers midi et les touristes avaient disparu. C'est donc également un horaire propice à une visite tranquille mais attention à la chaleur !

  • Combien de temps faut-il prévoir pour visiter le temple de Karnak ?

Énorme quadrilatère de 1,5 km sur 800 m, il y a donc de quoi se promener et découvrir de nombreuses salles pleines de mystères.

Votre guide pourra vous accompagner partout. Ainsi, il vous diffusera de nombreuses informations et explications tout au long de la visite, ce qui est très enrichissant quand on visite de tels lieux chargés d'histoire.

Nous avons également demandé à avoir un peu de temps libre pour réaliser nos photos en toute tranquillité. Il n'est pas toujours évident d'être attentif aux explications tout en ayant l'œil du photographe. Il vaut mieux séparer les deux moments.

Pour parcourir un tel site, il faut bien compter 2 heures mais on peut facilement y passer une demi-journée. Bien sur, à vous de juger si vous souhaitez passer plus ou moins de temps pour prendre des photos, en évitant les touristes qui vont et viennent.


  • Comment se rendre au temple de Karnak ?

A partir de notre hôtel, nous nous y sommes rendus en voiture. Même si distant de seulement 3 km, la circulation y est dense et on ne se voyait pas de traverser les routes dans la cacophonie des divers véhicules.

Le prix d’entrée au temple de Karnak est fixé à 200LE par personne (soit 10€).

Vous pouvez également assister au son et lumière sur le temple. Pour cela, il faudra compter 300LE par personne (soit 15€). Voici les horaires des séances en français :

lundi, jeudi et vendredi : 19h45 en hiver et 21h15 en été

mercredi : 21h en hiver et 22h30 en été

samedi : 18h30 en hiver et 20h en été


  • Où dormir ?

Le plus facile pour trouver un logement est de se rendre à Louxor. Ici, de nombreux hôtels sont disponibles. De notre côté, nous avons fait escale à l'hôtel Iberotel Louxor. Il est situé en plein cœur de Louxor, sur les rives du Nil et à seulement 10 minutes à pied du temple de Louxor.



  • Comment organiser son séjour ?

Nous avions déjà eu une expérience concluante avec la plateforme Evaneos qui met en relation avec des agences locales. C'est ainsi que nous avons travaillé avec Cheops Travel qui a été à l'écoute de nos attentes tout en prenant en compte nos différentes contraintes. Nous ne pouvons que recommander cette agence qui nous a satisfait sur tout la ligne avec une prestation de haute qualité. Grâce à leur écoute et leur organisation, nous avons vécu un séjour de rêve. Aussi, c'est sans aucune réserve que je vous recommande Cheops Travel pour un voyage personnalisé.




 

Notre Avis




Après la visite du temple de Louxor, c'est un temple d'une autre envergure que nous avons visité ici : celui de Karnak. Ce n'est pas pour rien qu'on fait souvent référence à ce temple comme une des merveilles du monde. Le domaine de Karnak, où réside Amon-Rê, constitue une véritable ville sainte où les rites se répètent chaque jour. A Karnak, à partir de la fin du IIIe millénaire avant notre ère et pendant près de vingt siècles, chaque pharaon va élever des monuments en offrande à son divin père Amon-Rê, afin que celui-ci lui garantisse ses bienfaits. Chacun modifie, embellit, étend Karnak, usurpant et démolissant souvent les constructions de ses prédécesseurs pour bâtir toujours plus grand, toujours plus beau. Karnak est un chantier en perpétuelle évolution.

Nous avons eu un gros coup de cœur pour ce temple. Ici, nous sommes vraiment dans du grandiose. Ce que je retiendrai, sans conteste, c'est la beauté et la magnificence de la salle hypostyle. J'en ai pris plein les yeux de par son architecture, mais aussi son harmonie, des gravures, sa lumière. Tout ici nous inspire . De plus, nous avons eu la chance de visiter ces lieux sans aucun touriste. Bon ça, on vous l'a déjà dit. Mais ça joue énormément sur la perception que l'on peut avoir d'un site. De quoi bien profiter des lieux.

J'espère que cet article vous aura aidé à organiser votre visite au temple de Karnak et que vous aussi, vous serez charmé par ce temple de toute beauté et chargé d'histoire. Si vous avez des conseils ou expériences à partager, n'hésitez pas à nous en faire part.



 

Vos Retours




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