Eure et Loir - 2 jours à la découverte d'un patrimoine riche d'histoire

Dernière mise à jour : 18 oct. 2021




A seulement 1h30 de Paris, Chartres et plus généralement le département de l'Eure et Loir est une destination idéale pour passer un week-end en pleine nature mais aussi découvrir un patrimoine riche d'histoire.


Je me suis donc tout naturellement tournée vers le département de l'Eure et Loir pour m'organiser un week-end découverte. Et vous allez voir qu'on en a pris plein les yeux, avec une plongée dans le passé pour en savoir plus sur l'histoire de France et ses illustres représentants mais aussi pour découvrir un savoir-faire à préserver à tout prix.



Sommaire



Notre itinéraire



Comme il est toujours plus facile de se repérer à l'aide d'une carte, voici un aperçu des points d'intérêt lors de notre week-end découverte de l'Eure et Loir.





Chartres


Si vous souhaitez découvrir une jolie ville aux maisons de caractère, où l'histoire de France y a laissé son empreinte, où l'on peut aller à la rencontre d'artisans maitrisant un savoir-faire incroyable et où il fait bon vivre, je vous invite à visiter la cité de Chartres.

Laissez moi vous accompagner dans cette découverte.


  • Vieille ville

L'essence même d'une ville tient majoritairement dans son centre historique. C'est pourquoi je vous y emmène directement. Mais ce n'est pas pour autant que nous n'allons pas prendre le temps de contempler les façades des maisons, de pénétrer au sein des églises, de déambuler dans les petites ruelles pleines de charme, bref de s'imprégner de l'âme de la ville. Perdons-nous et observons ce qui nous entoure.


C'est par le Sud de la cité que nous commençons nos déambulations. Immédiatement, nous pouvons contempler de magnifiques maisons, soit en pierre pour les plus cossues, soit à colombage pour les plus "modestes". En effet, avant l'utilisation de matériaux modernes, la pierre était un matériau onéreux, réservé aux familles les plus aisées, tandis que la classe populaire utilisait des matériaux plus abordables comme le bois, la paille et la terre. C'est ce que l'on appelle les maisons à colombages. Et on en trouve de très jolies dans Chartres.


Néanmoins, dans ces maisons à colombage (également nommées maisons à pans de bois), on note une volonté d’esthétisme. Ainsi chaque famille créait son propre motif, ce qui donnait à la maison un caractère particulier et se différenciait de la voisine.

Nos pas nous emmènent devant une tourelle dont les pans de bois ont été finement sculptés. Il s'agit de l'escalier de la Reine Berthe. Il date du XVIe siècle. Berthe, veuve du Comte de Chartres, épouse le Roi Robert le Pieux, puis finit ses jours dans le château comtal tout proche.

On se dirige ensuite vers la Maison du Saumon (aujourd'hui siège de l'office du Tourisme). Il s'agit d'une magnifique maison à colombages datant du début des années 1500. Anciennement, elle était adossée au mur d'enceinte du château des comtes. Les consoles comportent d'imposantes sculptures. La plus emblématique est le grand Saumon (qui a donné son nom à la maison), mais on peut voir aussi l'Ange et la Vierge de l'Annonciation, une truie qui file et enfin Saint-Michel terrassant le dragon.


On poursuit la découverte de la ville par la visite de deux églises, toutes les deux très bien conservées.

L'église Saint Aignan est incontestablement un petit bijou à mes yeux. Sa construction débute durant la première moitié du XVIe siècle mais n'est achevée et couverte qu'au siècle suivant d'une riche charpente apparente. Son petit portail et ses chapelles datent de la Renaissance. A l'intérieur, plusieurs vitraux du XVIe siècle sont intéressants à observer. Mais ce qui me frappe le plus, ce sont tous ces pans décorés aux couleurs vives, qui apportent beaucoup de gaieté à ce lieu sacré. Prenez le temps d'admirer les détails de ces magnifiques peintures.


Puis, c'est l'église Saint-Pierre que nous découvrons. Pour la petite histoire, c'est ici qu'était installé au Moyen-Age le monastère bénédictin de Saint-Père (Saint Pierre) en-Vallée. De l'édifice détruit au XIIe siècle par un incendie subsiste la remarquable tour carrée, récemment restaurée. Les vitraux de l'abbatiale, postérieurs à ceux de la Cathédrale, attestent la persistance et l'évolution de la maîtrise de l'art du vitrail à Chartres.


Pour changer et apporter un peu de verdure à cette découverte de Chartres, je vous propose de rejoindre les bords de l'Eure. Ils constituent la limite Est de la vieille ville. Remontons vers le Nord en les longeant. De nombreux petits ponts piétonniers permettent de traverser le cours d'eau. C'est ainsi qu'on peut observer d'anciens lavoirs dont certains ont la particularité d'être suspendus. En effet, à l'aide de chaines, des plateformes en bois pouvaient être descendues à hauteur de l'eau, celle-ci variant en fonction des saisons et des pluies. Ingénieux système, non ?

Cette balade au fil de l'eau apporte une touche bucolique à la visite de la cité.


Chartres n'est pas qu'une cité historique. On s'aperçoit rapidement que la jeune génération s'approprie les lieux. En effet, sur les murs de certains bâtiments, on peut contempler des œuvres de Street Art. On pourra ainsi admirer de très belles œuvres au pochoir de EZK StreetArt (Eric Ze King) qui dénonce des inégalités sociales et le cynisme de la société de consommation.

Pour une découverte complète des fresques et œuvres de Street Art, je vous invite à récupérer un plan de la ville auprès de l'Office du Tourisme où elles y sont recensées.


Nos déambulations dans la vieille ville nous emmènent enfin à la place de la Cathédrale. Mais juste avant, un magnifique portrait de Jean Moulin nous accueille.

Jean Moulin, préfet d'Eure et Loir de septembre 1939 au 2 novembre 1940, est une grande figure de la Résistance Française. Pour plus de détails sur son combat, je vous invite à prendre connaissance de cet article très bien fait "Sur les traces de Jean Moulin en Eure et Loir".

Sur la place de la Cathédrale, on peut observer également une jolie maison de maître. La Maison Cononiale - ainsi nommée - date du XIIIe siècle. Elle est ornée de remarquables tympans sculptés. Ce fut le pied-à-terre du Roi Henri III lors de ses voyages à Chartres. Il y trouva refuge en 1588 au moment de la journée des barricades.


  • Cathédrale Notre-Dame

Il est temps de découvrir le joyau de la ville : sa cathédrale.

Pour en apprendre un peu sur cet édifice incroyable, il est indispensable de faire un ...


Point culture :

Depuis le IVe siècle où est mentionné le premier évêque Adventus, la cathédrale a été plusieurs fois reconstruite. Après l'incendie de 1020, l'évêque Fulbert, à l'enseignement influent, fait édifier la cathédrale romane, à laquelle on ajoute une nouvelle façade à partir de 1134. Mais, en 1194, un incendie détruit l'édifice à l'exception de la crypte et de la façade. Aussitôt après démarre la construction de la cathédrale gothique, longue de 130 mètres, dont la nef est haute de 36,50m et large de 16m. Son sol d'origine présente un labyrinthe circulaire (tracé géométrique symbolisant la complexité du chemin de l'homme vers son salut). Notre-Dame de Chartres est consacrée en 1260. C'est dans cette cathédrale que le roi Henri IV est sacré le 27 février 1594. Un nouvel incendie détruit sa toiture en 1836.


Notre-Dame de Chartres constitue une étape essentielle dans l'évolution des cathédrales gothiques. Entreprise trente ans après Notre-Dame de Paris, elle annonce le gigantisme, le verticalisme et l'extrême évidement des murs de Reims, Amiens et Beauvais. Elle a conservé ses vitraux et un décor sculpté monumental d'une exceptionnelle qualité.

En 1979, elle est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial par l'Unesco.


Pénétrons à l'intérieur pour en découvrir quelques trésors...

Une fois le portail franchi, nous nous trouvons face à une nef incroyable. Non seulement sa restauration lui redonne son éclat blanc originel, mais ce sont surtout les volumes qui impressionnent. Elle offre une impression de légèreté phénoménale. Ceci grâce à ses colonnes mais aussi aux vitraux qui apportent énormément de lumière à l'édifice. On remarquera que les bas-côtés n'ont pas encore été restaurés offrant un important contraste avec la nef totalement blanchie.


Place à mon gros coup de cœur de cette visite de la cathédrale : le jubé ou autrement dit, la clôture du chœur de la cathédrale.

Mieux d'une bande dessinée, une bande sculptée de 6m de haut et de 100m de long qui raconte l'histoire de la Vierge et la vie du Christ. Un foisonnant décor Renaissance encadre les grandes scènes.

La clôture du chœur de la cathédrale de Chartres est unique en France aujourd'hui, en raison de sa valeur artistique et de son état complet. Sa construction a duré près de deux siècles, de la Renaissance à l'aube du XVIIIe siècle.


On poursuit la visite de la cathédrale en montant dans les tours. Il s'agit d'une visite guidée qui nous en apprend beaucoup sur la face cachée de ce magnifique monument.

On commence par s'arrêter à la base du toit, où l'on observe la couverture composée de 11.000 plaques de cuivre et couvrant une surface de 5125m², posée après l'incendie de 1836. Les arcs-boutants se superposent sur 3 niveaux : ceux du dessous - que nous avons face à nous - ont la particularité d'être reliés par des colonnettes.

On a également une très jolie vue sur un des vitraux non encore restauré de la cathédrale. Même si nous n'avons pas un beau visuel du dessin (nous nous situons du mauvais côté par rapport à la lumière), nous pouvons néanmoins admirer le travail de soudure et d'assemblage d'un tel ouvrage. Il faut se rendre compte que ces vitraux font près de 10m de haut et qu'il faut un sacré savoir-faire pour les maintenir en place sans occulter la lumière. Néanmoins, le temps mais surtout les intempéries et l'oxydation ont altéré les vitraux. Des travaux de rénovation ont été entrepris. Les soudures doivent être refaites au bout de 100 ans afin que les vitraux ne se déforment pas. Les systèmes de fixation sont également remplacés et un "double vitrage" est posé afin d'isoler le vitrail des intempéries. C'est donc l'une des dernières fois que l'on peut encore observer un vitrail d'origine de cette façon.

Nous poursuivons notre ascension jusqu'à emprunter la Galerie des Rois. Attention pour ceux qui ont le vertige, cela peut être compliqué. Néanmoins, nous avons un panorama magnifique sur la ville. Ce point de vue nous permet aussi de mieux appréhender l'architecture de la cathédrale avec ses arcs-boutants, ses flèches, sa toiture ... N'est-ce pas un lieu grandiose ?

Pour clore cette visite des tours, on grimpe jusqu'au grand comble.

L'histoire de la cathédrale de Chartres est jalonnée d'incendies. Celui du 4 juin 1836 détruit la forêt, c'est-à-dire la charpente en bois de châtaignier du XIIIe siècle. Lorsque l'ingénieur Emile Martin remporte le concours de la reconstruction, le choix d'une charpente métallique, solide, durable et anti-feu s'impose. La fabrication, le transport et l'assemblage durent six mois. La charpente a la forme d'une coque renversée de bateau.

La pente très raide des arbalétriers (pièces obliques d'une charpente supportant la superstructure portant la couverture) rappelle les arcs brisés d'un édifice gothique. Cette charpente métallique est l'une des plus anciennes de France.

Cet incendie de 1836 fait écho à celui survenu en avril 2019 à Notre-Dame de Paris. Les circonstances sont les mêmes et les résultats identiques. Néanmoins, le choix d'une structure métallique n'a pas été retenu pour Notre-Dame de Paris qui devrait retrouver une charpente en bois.

Nous avons eu la chance de visiter le grand comble au moment des 12 coups de midi. L’acoustique y est incroyable et on sent des frissons nous parcourir à chaque son de cloche. Un grand moment !

Visite des Tours : Tarif : 6€




La découverte de Chartres ne s'arrête pas là. En effet, cette fois, c'est de nuit que nous allons arpenter les rues de la vieille ville. D'avril à octobre, de nombreux monuments de la ville sont mis en scène grâce à des projections visuelles mais également sonores. Une autre façon d'appréhender Chartres en découvrant autrement certains lieux.

N'hésitez pas une nouvelle fois à vous rendre à l'Office du Tourisme pour récupérer un plan qui vous listera les 23 sites mis en lumière.


Le premier lieu à découvrir dans ce spectacle son et lumière est incontestablement la cathédrale Notre-Dame. Plusieurs de ses façades sont ainsi animées, nous retraçant l'histoire de sa construction. C'est à la fois féerique et très instructif puisque des explications sont diffusées au début du show puis la musique prend le relai pour un moment tout en poésie.

D'autres monuments religieux sont également mis en scène. L'architecture s'y prêtant à merveille. Que ce soit avec des projections classiques ou plus contemporaines...

Un autre bâtiment mis en valeur par Chartres en Lumières est l'ancienne préfecture de l'Eure et Loir où travaillait Jean Moulin. Le spectacle retrace l'engagement de cet homme pour sa région mais également pour la France pendant la Seconde Guerre Mondiale.

On termine cette balade nocturne en reprenant le fil de l'Eure. Ici, ce sont des lavoirs, des ponts et des murs qui sont mis en scène avec de jolis reflets sur l'eau. C'est la nature qui est à l'honneur dans ces projections et fonds sonores.

Un petit train vous permettra de faire le tour des installations, si vous êtes fatigués de votre journée de visite.

Tarif : 8€



  • Atelier Picol : l'art du vitrail


Après la visite de la cathédrale Notre-Dame, nous avions très envie d'en découvrir plus sur le travail du vitrail.

C'est ainsi que Kévin nous a ouvert les portes de l'atelier Picol créé par son papa.

Alors que le paternel se spécialisait dans la création et la réparation de vitraux traditionnels, Kevin innove en proposant des œuvres plus contemporaines. C'est ainsi qu'il crée des sculptures, des bijoux, de la vaisselle mais aussi met au point de nouvelles techniques de fusion et de production de verres texturés qui serviront à ses créations.


Il travaille également en collaboration avec des street artistes, notamment EZK dont je vous ai parlé précédemment.

Nous en apprenons beaucoup sur l'art du vitrail et c'est fascinant. Kévin est un passionné qui aime partager son savoir faire, alors surtout, n'hésitez pas à franchir les portes de l'atelier pour découvrir cet artisanat passionnant.



  • Où manger ?


Nous avons testé pour vous deux restaurants de qualité, qui sont des institutions au sein de Chartres.


C'est ainsi que nous avons déjeuné au restaurant Le Molière. Situé dans l'hôtel particulier de Champrond - demeure datée de la fin du XVe ou début du XVIe siècle - il offre différentes ambiances pour manger. Le décor est soigné et on ressent immédiatement la qualité des lieux.


Mais en cette journée d'été, c'est en terrasse que nous nous installons. On étudie la carte proposée par le chef Maurice Alexis et nos choix se portent sur les plats suivants :

  • Pour Monsieur

  • Plat : Pavé de maigre aux légumes confits (courgette, aubergine, fenouil), sauce fenouil, œufs de hareng fumés (Tarif : 21,20€)

  • Dessert : Un café très gourmand que nous partageons (Tarif : 9,60€)

  • Pour Madame

  • Plat : Crevettes sautées, linguini au curry et sauce basilic citron grillé (Tarif : 23,80€)


Pour le diner, et dans l'attente que démarrent les festivités de Chartres en Lumière, c'est en terrasse du Café Serpente que nous prenons place. Il faut dire que la vue sur la cathédrale est magnifique. On ne peut rêver mieux pour patienter.

A l'intérieur, c'est dans une brasserie 1900 que les clients peuvent s'attabler. La déco a été refaite entièrement pour apporter modernité et design mais l'architecture d'époque apporte beaucoup de charme aux lieux.


La balade dans Chartres nous a ouvert l'appétit. Il est temps de se mettre à table et pour cela, nous faisons notre choix :

  • Pour Monsieur

  • Entrée : Croustillant de foie gras maison et œuf poché, avocat, sauce caramélisée (Tarif : 9,50€)

  • Plat : Rognon de veau grillé entier "Maison Darmigny" au cidre brut du Perche, frites maison (Tarif : 19,80€)

  • Pour Madame

  • Plat : Cheeseburger traditionnel : pain burger maison, haché charolais, frites maison (Tarif : 17€)



  • Où dormir ?


Lors de notre séjour à Chartres, nous avons déposé nos valises dans une petite chambre d'hôtes pleine de charme dénommée La Rosace. En effet, c'est un lieu riche d'histoire qui nous a accueillis. Ancienne entreprise de construction et rénovation de bâtiments historiques en pierre de taille durant le 19e siècle, aujourd'hui reconvertie en chambres d'hôtes, cette propriété a su garder son âme.

C'est ainsi que dans le jardin et les bâtiments encore existants, on peut admirer de magnifiques sculptures en pierre de taille, et notamment cette rosace destinée à la cathédrale Notre-Dame de Chartres mais ayant été refusée. Cela fait néanmoins le bonheur des propriétaires et des gens de passage qui peuvent contempler cette beauté. Fantastique, non ?

Pour ce qui est des chambres, ce sont de vrais studios qui sont mis à disposition avec un coin cuisine pour ceux qui veulent préparer leurs repas, un coin repos, la chambre et la salle de bain, le tout dans un style moderne et épuré. On dispose également d'une table en extérieur pour prendre le café si l'envie nous en dit.

Pour le petit déjeuner, nous sommes accueillis directement dans la salle à manger de nos hôtes et des tables invitent à la dégustation. De nombreux ouvrages traitant de l'architecture ornent l'imposante bibliothèque. Encore un clin d’œil à l'histoire des lieux.

Tarif : 90€ la nuitée, petit déjeuner compris





Château de Maintenon


Après la visite de Chartres, nous nous dirigeons vers le Château de Maintenon. Je pense que ce nom ne vous est pas totalement inconnu. En effet, sa plus célèbre occupante est sans conteste Madame de Maintenon, l'épouse secrète du Roi Louis XIV. Nous reviendrons un peu plus tard sur son incroyable histoire.

Pour en apprendre un peu plus sur cette magnifique demeure, Anaïs est notre guide lors de cette visite.


  • Un personnage historique

Au cours de son existence, le château de Maintenon a connu de nombreuses vies. Place forte des Amaury, les seigneurs de Maintenon au XIIIe siècle, l'édifice va évoluer au gré des aspirations de ses propriétaires et des goûts des époques. De grandes et belles histoires qui en font toute la grande Histoire.


Faisons connaissance avec la plus célèbre propriétaire du château : Madame de Maintenon.


Françoise d'Aubigné est née en 1635 à la prison de Niort, où son père, chevalier, baron, mais surtout aventurier, est détenu pour dettes. Lorsqu'il est libéré, il emmène sa famille en Martinique, espérant y trouver fortune en tant que gouverneur de l'ile de Marie-Galante. En vain. Françoise rentre en France à 11 ans et demi, son père est mort, sa famille mendie pour survivre. Sa marraine la sauve en la faisant entrer au couvent, puis en l'introduisant dans les salons parisiens. Elle éblouit alors l'écrivain satirique Paul Scarron, infirme, de vingt-cinq ans son aîné. Elle a 16 ans lorsqu'il l'épouse, rédigeant lui-même le contrat : "La future apporte en dot ... deux grands yeux forts mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit."

Veuve à 25 ans, de nouveau sans un sou, elle est engagée par Madame de Montespan, favorite de Louis XIV, comme gouvernante des enfants illégitimes du couple. C'est la montée en grâce de Madame de Maintenon pour laquelle le roi nourrit une affection grandissante. En octobre 1683, après la mort de la reine Marie-Thérèse d'Autriche, elle épouse en secret Louis XIV, à Versailles. En 1698, sans descendance, elle lègue le domaine de Maintenon à sa nièce, Françoise Amable d'Aubigné, comme dot pour son mariage avec le Maréchal Adrien-Maurice de Noailles. En 1715, à la mort du roi, Madame de Maintenon se retire à la Maison Royale de Saint Louis, aujourd'hui Saint-Cyr-L'Ecole (78), pensionnat pour jeunes filles nobles et pauvres qu'elle a créé. Elle y décède en 1719.


  • L'architecture du château

Poussons les portes du château et tachons d'en comprendre les différentes étapes de construction, caractéristiques de chaque période historique.

  • Au Moyen-Age

Les Amaury, seigneurs de Maintenon, élèvent leur château fort. La Tour Carrée, bâtie en pierres de grès gris daterait du début du XIIIe siècle, et pouvait en constituer le donjon. Les trois tours rondes en briques complètent l'édifice aux XIVe et XVe siècles, reliées par des courtines, dont on aperçoit encore les ancrages entre la Tour Carrée et la Tour de l'Horloge.


  • A la Renaissance

Sous l'impulsion de Jean de Cottereau, la Tour Carrée est couverte d'un toit pointu. De nouveaux logis sont adossés aux courtines, s'inspirant notamment, côté Est, de l'aile Louis XII, du château royal de Blois. Les armoiries des Cottereau, trois lézards grimpants, apparaissent encore sur la grande lucarne du Châtelet d'entrée, entre les deux poivrières. On peut voir sur cette façade les traces de l'ancien pont-levis. L'église Saint-Nicolas est rebâtie, en 1521, sur le site de l'ancienne église.


  • Au XVIIe siècle

En 1674, Françoise d'Aubigné achète le château grâce à une gratification financière de Louis XIV. Elle installe ses appartements dans une aile reliant la Tour Carrée au logis de Jean Cottereau. Puis, pour Louis XIV, elle aménage l'aile reliant les appartements du Roi à l'église Saint-Nicolas, une longue galerie posée sur une Orangerie (1686-1688). Elle fait également démolir la courtine entre la Tour Carrée et la Tour de l'Horloge, pour dégager la vue sur les jardins dessinés par Le Nôtre.


  • Au XIXe siècle

Issu d'une famille riche et puissante depuis des générations, Paul de Noailles restaure et apporte beaucoup au confort et au décor. Une influence Renaissance et Néo-gothique, que l'on peut observer sur la façade Nord. Le style de l'architecture médiévale revient au goût du jour, mêlant gargouilles, linteaux gothiques et balcons Renaissance.

Une citerne installée dans les combles distribue l'eau courante, des calorifères sont installés dans les pièces principales et des cheminées dans les dépendances. Paul de Noailles, transforme une partie des appartements en une succession de salles d'apparat : Grand salon, Salle de billard et Bibliothèque. Puis la Grande Galerie dédiée aux Noailles-Mortemart, un album de famille en portraits remontant aux Croisades.


  • Au XXe siècle

Les bombardements à répétition ont rendu le château inhabitable : toitures et vitres soufflées, mobilier endommagé, plafonds attaqués par des champignons. L'électricité, le chauffage, l'alimentation en eau, tout est hors d'usage. Le 25 juillet 1944, il est classé Monument Historique dans l'espoir de le sauver.