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Rivières de l'Ouest : La Sarthe au fil de l'eau

  • il y a 8 heures
  • 18 min de lecture
Rivières de l'Ouest

Avec nos vies trépidantes, voire stressantes, qui n'a jamais eu envie de ralentir le rythme en vacances ? Mais sans mettre de côté les découvertes d'un territoire. Je suis la première à vouloir profiter au maximum de chaque instant en vacances/voyage de peur de passer à côté d'une pépite. Mais au final, je passe à côté de l'essentiel : le lâcher prise et profiter de l'instant. Une philosophie de voyage se répand de plus en plus : le slow travel. C'est l'art de ralentir le rythme pour vivre plus profondément nos émotions.

Pour ce séjour découverte des départements de la Sarthe et du Maine-et-Loire, j'ai voulu parcourir une des Rivières de l'Ouest : la Sarthe. Mais pas n'importe comment ! A bord de bateaux, pour sentir son cœur respirer, découvrir la vie sur ses berges et les villages qui la bordent.


Je vous embarque avec moi pour découvrir la rivière Sarthe, ses secrets et ses expériences insolites.

Bienvenue sur la rivière Sarthe.


Sommaire



Vivre au rythme de la rivière Sarthe


Éloge de la lenteur dans deux départements qui se révèlent en silence


La Sarthe ne se donne jamais d’un bloc. Elle se dévoile par fragments, par reflets, par instants suspendus. Il faut accepter de la suivre à son rythme, pour en saisir la vérité. C'est ainsi que nous traversons deux départements des Pays de la Loire : la Sarthe et le Maine-et-Loire. Ici, l’eau n’est pas un simple élément du paysage : elle est une ligne de vie, un fil conducteur qui relie les hommes, les villages, les siècles.

Partir à la découverte de la Sarthe au fil de l’eau, c’est faire le choix d’un voyage à contre-courant. Un voyage où l’on renonce à la performance, à l’accumulation, à la frénésie. Un voyage qui commence souvent sans grand fracas, presque timidement, au moment précis où l’on pose le regard sur la surface tranquille de la rivière.


Le Mans, rencontre entre pierre et eau


C'est au Mans que débute notre séjour. La Cité Plantagenêt apparaît, majestueuse, dominant la Sarthe de ses remparts médiévaux.

Le contraste est saisissant. D’un côté, la ville chargée d’histoire, de l’autre, la rivière immuable. Pourtant, rien ne s’oppose. Le Mans semble avoir trouvé avec la Sarthe un équilibre rare : celui d’une ville qui accepte la présence de l’eau sans chercher à la dominer. Les quais deviennent des lieux de promenade, de respiration, où habitants et visiteurs se croisent dans une même lenteur retrouvée.

Observer la vieille ville depuis la rivière offre une perspective différente, presque intime. Comme si l’eau permettait de lire la ville autrement, en prenant du recul, en douceur.



Une rivière qui impose son tempo


Dès les premiers kilomètres parcourus sur la Sarthe, une évidence s’impose : ici, tout va moins vite. La rivière s’étire en larges courbes, s’autorise des détours, revient parfois sur elle-même. Elle ne cherche jamais la ligne droite. Naviguer ou longer ses berges, c’est accepter cette géographie de la patience.

Le paysage défile lentement, comme un tableau en mouvement. Les prairies humides s’ouvrent largement, ponctuées de troupeaux paisibles. Les peupliers dessinent des alignements souples, jamais rigides. Les bois viennent refermer la scène, offrant des passages plus intimes, presque secrets. Rien n’est spectaculaire, et c’est précisément ce qui frappe. La Sarthe ne cherche pas à impressionner : elle apaise.

L’eau reflète tout. Le ciel changeant, les feuillages, les nuages paresseux. À certaines heures, la frontière entre le réel et son double devient floue. On se surprend à ralentir encore, comme pour ne pas troubler cette harmonie fragile.


Villages de rive et mémoire discrète


Au fil de l’eau apparaissent les villages. Souvent modestes, parfois à peine perceptibles depuis la rivière. Une maison de pierre claire, un clocher qui émerge au-dessus des arbres, un ancien lavoir dissimulé sous les branches d’un saule. Ces villages racontent une Sarthe rurale, façonnée par des siècles de cohabitation avec la rivière.

Car la Sarthe fut longtemps une voie essentielle. Avant les routes et les rails, elle transportait marchandises, bois, grains, idées. Les berges gardent la mémoire de cette activité passée, même si aujourd’hui seuls les plaisanciers et les promeneurs en sont les héritiers. En observant les anciens quais, les moulins désaffectés, on devine une vie autrefois intense, rythmée par les saisons et les caprices de l’eau.

Cette mémoire n’est jamais muséifiée. Elle affleure simplement, au détour d’un regard, dans une pierre usée, dans la courbe d’un pont ancien. La Sarthe raconte sans imposer son récit, laissant au visiteur le soin de l’écouter ou non.


La nature comme compagne de voyage


Voyager au fil de l’eau, c’est aussi renouer avec une relation sensible à la nature. Ici, elle n’est ni sauvage ni domestiquée à l’excès. Elle cohabite. Les hérons décollent à quelques mètres à peine, les canards glissent sans s’effrayer, les libellules dessinent des arabesques au-dessus de l’eau.

La rivière agit comme un refuge. Un corridor écologique discret, mais essentiel. Elle offre une fraîcheur bienvenue lors des journées d’été, une lumière douce au printemps, une mélancolie feutrée à l’automne. Chaque saison transforme la Sarthe, sans jamais la trahir.

Les haltes deviennent des moments à part entière. Un pique-nique improvisé sur une berge herbeuse, un café pris face à l’eau, une pause silencieuse à observer le courant. Rien d’extraordinaire, et pourtant tout semble juste.



Expériences dans la Sarthe


Lors de ce séjour au fil de la Sarthe, j'ai pu naviguer sur ces eaux calmes en empruntant différents types de bateaux, mais j'ai également fait de jolies visites : moulins, abbaye, ateliers ...

Je vous propose de m'accompagner dans ces découvertes pour une approche authentique de ce territoire.


Moulin Cyprien : Le battement ancestral de l’eau au cœur de la Sarthe


Au cœur de l’île MoulinSart, nichée sur les rives paisibles de la Sarthe à Fillé-sur-Sarthe, le Moulin Cyprien incarne un héritage vivant qui résonne depuis le XVᵉ siècle. Plus qu’un simple vestige, ce moulin à eau continue de faire tourner sa grande roue à aubes dans le cours de la rivière, transformant le mouvement de l’eau en un ballet mécanique qui anime encore aujourd’hui ses engrenages.


Rénové avec soin, le Moulin Cyprien reste l’un des derniers moulins de la région en activité, produisant de la farine de blé et de sarrasin labellisée Agriculture Biologique à partir de céréales locales. La mouture traditionnelle sur meules de pierre invite le visiteur à une immersion dans un savoir-faire ancestral, où chaque geste raconte une histoire.

Sur place, une scénographie interactive dévoile les secrets de la meunerie, du grain à la farine, tandis qu’un four à bois prolonge l’expérience avec la cuisson de pains rustiques et de fouées, parfaits pour savourer le terroir.


L’île MoulinSart elle-même est un écrin de verdure de plusieurs hectares invitant à la détente : balades au bord de l’eau, pique-niques sous les arbres ou découverte d’un Centre d’art contemporain aménagé dans l’ancienne grange à grains du moulin.


Ouvert au public de mars à octobre, le moulin accueille petits et grands pour des visites guidées, des ateliers pédagogiques ou simplement une rencontre avec un patrimoine vivant où la tradition et la modernité se rencontrent.


Malicorne-sur-Sarthe : entre douceur fluviale et métier d'art


Liberté douce sur la Sarthe à Malicorne-sur-Sarthe


Tout commence à Malicorne, là où la rivière s’élargit tranquillement et invite à larguer les amarres. À bord d’un bateau électrique, le silence surprend d’emblée. Pas de moteur qui gronde, juste le glissement feutré de la coque sur l’eau. La Sarthe se laisse alors apprivoiser, lentement, presque confidentiellement.


Au fil de la navigation, les ponts se succèdent. On passe dessous comme on franchirait des seuils invisibles, changeant imperceptiblement de décor. Sur l’eau, la vie estivale s’organise sans jamais se bousculer. Des vacanciers avancent en paddle, concentrés sur leur équilibre. Des canoës glissent à rythme régulier, portés par les éclats de rire. Plus près des berges, quelques pêcheurs patientent, immobiles, parfaitement accordés à la lenteur ambiante.


La nature, elle, encadre le voyage. Les arbres penchent doucement vers la rivière, les herbes hautes frémissent au moindre souffle, les oiseaux ponctuent le silence de leurs cris brefs. Tout semble à sa place. Le temps s’étire, les repères s’effacent. Deux heures passent sans qu’on les voie filer.


En revenant vers Malicorne, la Sarthe conserve cette même douceur, comme si elle refusait de rompre le charme. On contemple encore, on ralentit un peu plus, conscient que la balade touche à sa fin. À l’arrivée, il reste cette sensation rare : celle d’avoir voyagé sans effort, simplement porté par l’eau, dans une parenthèse paisible où la nature et les hommes cohabitent en harmonie.

Bateau électrique sur la Sarthe

Atelier Vézanne : Quand la céramique raconte une autre histoire


À Malicorne, terre de faïence par excellence, l’atelier Vézanne redonne vie à ce que l’on croyait perdu. Ici, les bijoux naissent de fragments de vieilles céramiques, éclats de vaisselle oubliée, assiettes ébréchées, morceaux aux motifs passés qui réveillent aussitôt une douce nostalgie. Celle des repas de famille, des buffets de grand-mère, des services que l’on ne sortait que pour les grandes occasions.


Mais l’histoire de Vézanne commence ailleurs, loin des vitrines et des établis. Elle débute pendant la période singulière de la COVID, quand le temps s’est soudain ralenti. En famille, au fil de promenades le long de la rivière, viennent les premiers gestes : regarder l’eau, fouiller les graviers, ramasser des fragments de céramique polis par le courant. Des morceaux anonymes, marqués par le temps, mais chargés d’une beauté inattendue.


Très vite, l’idée s’impose : transformer ces vestiges en objets précieux. À l’atelier, chaque fragment est travaillé avec soin, serti, assemblé, respecté dans ses irrégularités. Les colliers et boucles d’oreilles Vézanne ne cherchent pas la perfection, mais l’émotion. Chaque bijou devient une pièce unique, porteuse d’une mémoire collective et intime à la fois.


Vézanne joue ainsi avec le passé pour créer du présent. Une manière sensible de faire dialoguer la céramique, l’histoire familiale et la création contemporaine. Et de prouver qu’il suffit parfois d’un éclat trouvé au bord de l’eau pour faire naître quelque chose de profondément beau.


À Solesmes, l’aube en partage


Il faut accepter de se lever très tôt pour vivre Solesmes pleinement. À l’heure où le jour hésite encore, le village sommeille encore, lové contre les rives calmes de la Sarthe. L’abbaye se dessine alors dans une lumière pâle, presque irréelle, posée au bord de l’eau comme si elle en faisait partie depuis toujours. Le silence est dense, respectueux, prêt à accueillir ce qui va suivre.

Fondée au XIᵉ siècle, l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes traverse les siècles avec une étonnante continuité. Elle a connu les périodes de rayonnement, les heures sombres, les départs forcés et les retours patients. C’est ici que s’est jouée une part essentielle de l’histoire du chant grégorien, patiemment étudié, restauré et transmis par les moines bénédictins. Aujourd’hui encore, Solesmes demeure une référence mondiale dans ce domaine, attirant croyants, musiciens et simples curieux venus écouter un chant qui semble hors du temps.


Entrer dans l’abbatiale à l’aube, c’est vivre cette histoire de l’intérieur. Lorsque les premiers chants grégoriens s’élèvent, portés par les voix des moines, l’émotion est immédiate. Les sons glissent sous les voûtes, se mêlent à la pierre, s’étirent dans l’espace. On ne cherche pas à comprendre chaque mot, on se laisse traverser. Le chant agit comme une respiration lente, profonde, qui apaise et recentre.

La lumière du matin accompagne ce moment unique. Peu à peu, elle s’infiltre par les vitraux, révèle les volumes, caresse les murs anciens. Le temps semble suspendu. Le monde extérieur s’efface, laissant place à une présence simple et intense.


Solesmes est un village singulier, façonné par la vie monastique. Deux abbayes y cohabitent, chacune avec sa propre atmosphère. À l’abbaye Saint-Pierre vivent les moines bénédictins, tandis que, de l’autre côté du village, l’abbaye Notre-Dame accueille une communauté de nonnes. Cette double présence renforce le caractère profondément spirituel du lieu, sans jamais l’enfermer dans le silence. La vie continue autour, discrète, rythmée par la Sarthe qui longe paisiblement les murs des abbayes.

En quittant l’abbatiale après la messe, on retrouve le jour naissant, la rivière immobile, le village encore calme. Il reste alors cette sensation rare d’avoir touché quelque chose d’essentiel. À Solesmes, l’abbaye ne se contente pas d’être visitée : elle se vit, pleinement, surtout à l’aube, lorsque le chant grégorien fait vibrer l’histoire, la pierre et l’âme dans un même souffle.


Dîner d’exception face à l’abbaye, au Grand Hôtel de Solesmes


À Solesmes, certaines adresses prolongent naturellement l’atmosphère unique du village. Le Grand Hôtel, situé face à l’abbaye, en fait partie. À l’heure du dîner, le lieu s’illumine doucement et offre un cadre chic et élégant, en parfaite harmonie avec la solennité paisible des pierres monastiques qui lui font face.

Dès l’entrée, l’accueil donne le ton. Le personnel est attentif, discret, toujours à l’écoute. Chaque geste est précis, chaque attention mesurée, créant une atmosphère à la fois raffinée et chaleureuse. On se sent immédiatement à l’aise, invité à prendre le temps, à savourer l’instant.


À table, la gastronomie devient une expérience à part entière. Les plats, soigneusement élaborés, révèlent une cuisine fine et maîtrisée. Les saveurs s’équilibrent avec justesse, les textures se répondent, les assiettes racontent un vrai travail de chef. Rien n’est superflu : chaque élément trouve sa place, mettant en valeur le produit sans jamais le masquer.

Les arômes se dévoilent progressivement, invitant à la dégustation lente. Une cuisson parfaitement maîtrisée, des accords subtils, une présentation élégante mais sans ostentation. La cuisine séduit par sa finesse autant que par sa générosité, laissant une impression durable.


Face à l’abbaye, le dîner prend une dimension presque contemplative. Les lumières extérieures, le calme du village en soirée, l’ambiance feutrée de la salle composent un moment suspendu. Un dîner au Grand Hôtel de Solesmes n’est pas seulement un repas gastronomique : c’est une expérience complète, où le cadre, le service et la cuisine s’accordent pour offrir un souvenir aussi délicat que savoureux.



Une nuit face à l’abbaye, au Bon Accueil à Juigné-sur-Sarthe


À Juigné-sur-Sarthe (de l'autre côté de la rive par rapport à Solesmes), certains lieux semblent faits pour prolonger l’expérience du silence et de la contemplation. Au Bon Accueil, chambre d’hôtes idéalement située face à l’abbaye, en fait partie. Passer la nuit ici, c’est choisir de s’immerger pleinement dans l’atmosphère si particulière du village, là où le temps semble s’écouler autrement.

Dès l’arrivée, le lieu inspire le calme. La chambre, simple et chaleureuse, invite au repos après une journée de découverte. Mais c’est surtout la vue qui marque les esprits. Face à l’abbaye, les fenêtres ouvrent sur un décor presque irréel. À l’aube, lorsque le soleil se lève doucement, la lumière caresse les pierres anciennes et révèle toute la majesté du lieu. Un spectacle silencieux, intime, que l’on observe sans hâte, comme un privilège rare.


Cet emplacement est idéal pour vivre Solesmes au plus près. Il suffit de quelques pas pour rejoindre l’abbaye et assister à la messe matinale, moment fort du séjour. Se lever tôt devient une évidence, presque un rituel, tant l’expérience du chant grégorien prend une autre dimension lorsqu’on y accède sans contrainte, porté par la quiétude du matin.

Le Bon Accueil est aussi un point de départ parfait pour explorer le village à pied. Flâner le long de la Sarthe, découvrir les ruelles, ressentir cette double présence monastique qui façonne Solesmes, celle des moines et des nonnes, tout devient plus simple, plus fluide.

Le matin, le petit déjeuner prolonge cette parenthèse de douceur. Servi avec attention par des hôtes particulièrement prévenants, il est pensé pour le confort et les goûts de chacun. Les produits sont choisis avec soin, l’accueil est chaleureux sans être envahissant, et l’on prend le temps d’échanger quelques mots avant de commencer la journée. Un moment simple, sincère, qui donne le ton et invite à savourer encore un peu le calme des lieux.


Passer la nuit au Bon Accueil, ce n’est pas seulement dormir face à l’abbaye. C’est prolonger l’émotion, habiter le lieu quelques heures de plus, et s’offrir un réveil hors du temps, dans l’un des villages les plus singuliers de la Sarthe.


Sablé-sur-Sarthe : douceur de vivre entre eau et gourmandise


Balade sur la Sarthe en bateau sans permis


À Sablé-sur-Sarthe, tout commence par l’eau. Embarquer à bord d’une péniche sans permis de la compagnie Anjou Navigation, c’est déjà faire un pas de côté. Avant le départ, une courte sensibilisation à la navigation rassure et met en confiance. Les gestes sont simples, accessibles à tous. Très vite, on comprend que l’essentiel n’est pas la technique, mais l’état d’esprit : ici, on navigue pour ralentir.

Anjou Navigation

Une fois la péniche détachée du quai, la Sarthe impose son rythme. Lent. Régulier. Apaisant. Le moteur discret laisse toute la place aux sensations : le glissement de l’eau contre la coque, le souffle du vent, le passage feutré sous les ponts. Prendre la barre devient presque méditatif. On ajuste sa trajectoire, on anticipe les courbes, on apprend à lire la rivière.


À bord, le confort surprend et rassure immédiatement. La péniche est pensée comme une véritable maison flottante. Les chambres offrent un espace douillet, la salle d’eau permet de vivre à bord sans compromis, la cuisine équipée invite à préparer des repas simples, partagés autour de la table du salon. Chaque espace est fonctionnel, chaleureux, conçu pour que l’on oublie rapidement que l’on est sur l’eau.


Mais c’est souvent à l’extérieur que le temps suspend son vol. Le coin de vie extérieur devient le cœur du bateau. On s’y installe pour déjeuner, lire, discuter ou simplement regarder le paysage défiler. Les rives verdoyantes, les arbres qui se penchent vers la Sarthe, les pêcheurs immobiles, les oiseaux qui accompagnent la navigation : tout participe à cette sensation rare de liberté douce.

Que l’on parte pour une journée ou pour un séjour complet, la péniche transforme la manière de voyager. Chaque halte devient une découverte, chaque manœuvre une petite victoire. On s’amarre pour la nuit, on dîne au calme, on s’endort bercé par l’eau. Le lendemain, le jour se lève lentement sur la rivière, et l’on repart, sans urgence.


Cette expérience fluviale redonne au voyage sa dimension essentielle : habiter le temps autant que l’espace. À Sablé-sur-Sarthe, la péniche n’est pas un simple moyen de transport. Elle est une invitation à vivre autrement, à renouer avec une forme de simplicité élégante, où le confort se met au service de la contemplation.


Visite de la Maison Drans


De retour à quai, la visite se prolonge naturellement par une escale gourmande à l’atelier de la Maison Drans, véritable institution sabolienne. Fondée il y a plusieurs décennies, la maison a longtemps incarné le sablé traditionnel, ce biscuit simple en apparence, mais exigeant dans son exécution. Avec le temps, la recette s’était un peu diluée, perdant de sa singularité.

Maison Drans

C’est là qu’intervient la famille Pelletier, nouveaux propriétaires animés par l’envie de redonner toute sa noblesse au sablé de Sablé. Leur démarche est claire : revenir à l’essentiel. Beurre de qualité, ingrédients rigoureusement sélectionnés, respect des temps de repos et de cuisson, gestes précis hérités de la tradition. À l’atelier, on redécouvre ce qui fait un vrai sablé : une texture friable juste comme il faut, un goût franc, une simplicité assumée.


La visite permet de comprendre ce travail de fond, cette volonté de faire renaître un savoir-faire plutôt que de le moderniser à outrance. Les sablés sortent du four dorés, authentiques, fidèles à l’histoire de la ville. En redonnant toute sa place à la recette originelle, les Pelletier ont su redorer le blason de la Maison Drans, la reconnectant à son identité profonde.

À Sablé-sur-Sarthe, cette alliance entre navigation douce et patrimoine gourmand compose une expérience complète. Un voyage où l’on prend le temps, sur l’eau comme à table, et où chaque découverte raconte un peu plus l’âme d’un territoire.



Expériences dans le Maine-et-Loire


Nous continuons notre périple au fil de la Sarthe en passant sur un autre territoire, celui du Maine-et-Loire. Et notre première halte se fait à Juvardeil.


Juvardeil, promenade dessinée entre mémoire et rivière


À Juvardeil, la découverte se fait à pied, tranquillement, en suivant le circuit pédestre “Sylvain et Sylvette”.


Dès les premiers pas, le village dévoile une singularité attachante : ses plaques de rues illustrées, véritables clins d’œil à l’univers de Jean Poisson, dit Jean-Louis Pesch, créateur de la célèbre bande dessinée Sylvain et Sylvette. Les personnages accompagnent la balade, discrets et malicieux, comme s’ils invitaient le promeneur à regarder le village avec des yeux d’enfant.


Le parcours serpente à travers les rues et révèle peu à peu l’histoire de Juvardeil. Chaque étape est l’occasion de croiser des lieux et des figures qui ont marqué la commune. On découvre notamment le bac de Juvardeil, toujours en activité, qui permet de franchir la Sarthe d’une rive à l’autre. Ce passage, simple et presque hors du temps, rappelle combien la rivière a façonné la vie locale, reliant les habitants autant qu’elle les séparait.


Un peu plus loin, le circuit évoque l’histoire des anciens chantiers navals, témoins d’un passé fluvial aujourd’hui disparu mais encore bien présent dans la mémoire du village. La Sarthe n’était pas seulement un paysage : elle était un lieu de travail, d’échanges et de savoir-faire.

La promenade prend aussi une dimension plus intime en évoquant Jacques Lusseyran, figure marquante liée à Juvardeil, dont le parcours singulier ajoute une profondeur humaine au récit du village. Jacques Lusseyran (1924-1971), écrivain et essayiste aveugle, est une figure méconnue de la Résistance intérieure française durant la Seconde Guerre mondiale. Ici, l’histoire n’est jamais figée ; elle se raconte à hauteur d’homme.

Ruelle de l'écrivain

Au détour d’un chemin, le puits couvert attire le regard. Orné de mosaïques colorées, il devient bien plus qu’un simple élément de patrimoine : une œuvre à part entière, mêlant utilité d’autrefois et expression artistique contemporaine. Un symbole parfait de ce village où passé et présent dialoguent en douceur.


Cette balade pédestre à Juvardeil est bien plus qu’un simple circuit. C’est une promenade sensible, ponctuée de dessins, d’histoires et de rencontres, où la Sarthe reste toujours en toile de fond. Un village qui se découvre lentement, pas à pas, et qui laisse le souvenir d’un lieu à la fois vivant, créatif et profondément attaché à son identité.


Déjeuner les pieds presque dans l’eau, à la guinguette Circuit Court à Juvardeil


À Juvardeil, la Sarthe s’étire paresseusement, et c’est là, au plus près de ses rives, que la guinguette Circuit Court a trouvé sa place. Un lieu à part, où l’on vient autant pour manger que pour respirer. Dès l’arrivée, l’atmosphère séduit. La décoration bohème, faite de matières naturelles, de couleurs douces et de mobilier dépareillé, donne le ton. Ici, rien n’est figé, tout invite à la détente.

S’installer à table, c’est choisir son point de vue sur la rivière. Chaque espace a été pensé pour profiter pleinement de la Sarthe : une terrasse ombragée, quelques tables posées dans l’herbe, des coins plus intimistes pour s’attarder. Loin du tumulte de la ville, le temps semble ralentir naturellement.


Dans l’assiette, l’engagement est clair et assumé. Produits bio, locaux, de saison, travaillés avec simplicité et créativité. Une démarche profondément louable dans un monde où la consommation va trop vite, trop loin, souvent au détriment de l’environnement. Ici, le circuit court n’est pas un argument marketing, mais une véritable philosophie. On sait d’où viennent les produits, on comprend ce que l’on mange, et cela change tout.

Et surtout, c’est délicieux. Les plats sont justes, savoureux, généreux sans être lourds. Les saveurs sont franches, les associations naturelles, et chaque bouchée raconte le respect du produit. On mange bien, on mange mieux, sans jamais sacrifier le plaisir.


Le déjeuner s’étire volontiers. On discute, on observe la rivière, on laisse passer le temps. La guinguette Circuit Court est de ces lieux rares qui font du bien, autant au corps qu’à l’esprit. Une adresse engagée et joyeuse, où l’on savoure autant l’instant que le contenu de l’assiette, au fil de la Sarthe.


Une nuit suspendue sur la Sarthe, à bord du Bateau Laïta à Cheffes


À Cheffes, la Sarthe ralentit encore un peu. Juste avant l’écluse, dans un recoin paisible à l’écart de l’agitation, le Bateau Laïta est amarré là, comme s’il avait choisi cet endroit pour s’y poser. Passer la nuit à son bord, c’est s’offrir une parenthèse rare, un moment hors du temps où l’eau devient complice du repos.


Dès que l’on monte à bord, le bateau révèle un confort inattendu. Le Bateau Laïta n’est pas qu’un hébergement insolite, c’est une véritable petite maison flottante. L’espace est pensé avec soin : une cabine accueillante, une salle d’eau avec douche et toilettes, un coin cuisine fonctionnel, et un espace de vie chaleureux où l’on se sent immédiatement à l’aise. Chaque détail invite à ralentir, à s’installer, à profiter du calme environnant.


À l’extérieur, la vie s’organise au rythme de la rivière. On s’assoit sur le pont, on observe la Sarthe qui s’écoule doucement, on écoute les bruits feutrés de la nature. Le soir venu, l’ambiance devient encore plus douce. Juste en face, la guinguette Chez Nini s’anime. Quelques pas suffisent pour rejoindre ce lieu convivial où l’on partage un repas simple et généreux, dans une atmosphère chaleureuse. Puis on regagne le bateau, bercé par les lumières tamisées et le clapotis discret de l’eau.

La nuit est paisible. Le Bateau Laïta ne bouge presque pas, retenu par ses amarres, comme ancré dans le silence. Le matin, la lumière glisse lentement sur la rivière. Un panier de petit déjeuner attend, promesse d’un réveil en douceur. Pain frais, douceurs sucrées, boisson chaude… On prend le temps, installé face à l’eau, savourant chaque instant.


Dormir à bord du Bateau Laïta à Cheffes, c’est faire l’expérience d’un luxe simple : celui du calme, du confort et de la proximité avec la rivière. Une nuit suspendue, entre écluse et guinguette, qui laisse une empreinte délicate et donne envie de prolonger encore un peu le voyage au fil de la Sarthe.




Notre dernière escale durant ce séjour se fait à Angers afin de découvrir sa douceur de vivre légendaire. Mais j'y reviens dans un prochain article.



Infos pratiques pour organiser son séjour en bord de Sarthe


Quand y aller ?


Pour apprécier au mieux la découverte de la rivière Sarthe, il est nécessaire de faire des activités de plein air et de naviguer. Aussi, je vous recommanderai d'y aller aux beaux jours (entre le printemps et l'automne). J'ai expérimenté un séjour en péniche sous la pluie et clairement, on apprécie moins et le temps nous semble long.


Comment se déplacer ?


Pour réaliser ce séjour, la voiture m'a été indispensable. Néanmoins, si vous choisissez de vivre au fil de l'eau, le vélo et le bateau sont deux moyens de transport idylliques. Sachez que vous pouvez choisir de faire un aller/retour en péniche et donc de revenir au point de départ, et surtout d'accoster sur les berges pendant votre séjour et d'arpenter la campagne et les villages en vélo ou à pied. C'est le mode de transport que je recommande grandement pour apprécier la tranquillité des lieux et vraiment déconnecter.



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Carte Pays de la Loire

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À propos d'EspritGlobeTrotteuse

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Passionnée de voyages depuis toujours, c'est en 2005 que j'ai commencé les vols longs courriers et depuis j'ai à cœur de tout découvrir.

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